Les charges incorporables et non incorporables expliquées
Le passage de la Comptabilité générale
(S1/S2) à la comptabilité analytique d'exploitation (S3) repose sur une étape
de retraitement fondamentale. En effet, toutes les charges enregistrées en
comptabilité générale ne sont pas forcément utiles pour calculer le coût d'un
produit ou d'un service. Pour une entreprise marocaine, l'objectif est
d'obtenir un Coût de revient qui reflète la réalité économique de
l'exploitation courante en Dirhams (DH).
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| Les charges incorporables et non incorporables expliquées |
C'est ici qu'interviennent les notions de charges
incorporables, de charges non incorporables et de charges supplétives. Ce
mécanisme de "filtrage" est le premier pilier du programme de S3.
Sans une maîtrise parfaite de ces définitions, le calcul des coûts complets et
le résultat analytique final seront faussés. Ce guide détaillé vous explique
comment trier vos charges selon les normes du Plan Comptable Général Marocain
(PCGM).
Pourquoi retraiter les charges de la comptabilité générale ?
La comptabilité générale a une visée fiscale
et patrimoniale. Elle enregistre toutes les charges de la classe 6 dès lors
qu'elles sont juridiquement justifiées. Cependant, pour le gestionnaire,
certaines de ces dépenses n'ont rien à voir avec le processus de fabrication ou
de vente habituel.
L'objectif de l'image fidèle de l'exploitation
L'objectif de la comptabilité analytique est
de mesurer la performance intrinsèque de l'activité. Si une entreprise de
Casablanca subit une amende fiscale de 10 000 DH, cette charge est enregistrée
en comptabilité générale. Mais doit-on pour autant augmenter le prix de revient
des produits fabriqués ce mois-là ? La réponse est non. Incorporer une telle
charge masquerait la rentabilité réelle du produit.
La cohérence avec le résultat analytique
Le retraitement permet de passer du
"Résultat Comptable" au "Résultat Analytique". Ce processus
assure que chaque Dirham (DH) retenu dans le calcul d'un coût participe
effectivement à la création de valeur de l'exercice.
Les charges incorporables : Le cœur du coût
Les charges incorporables sont les charges de
la comptabilité générale qui sont retenues par la comptabilité analytique pour
le calcul des coûts.
Définition et critères d'inclusion
Une Charge est dite incorporable si elle
remplit deux conditions :
- Elle est enregistrée en classe 6 du PCGM.
- Elle concerne l'exploitation normale et
courante de l'entreprise.
Parmi les exemples les plus courants au
Maroc, on retrouve :
- 6111 Achats de marchandises : Pour les
entreprises commerciales.
- 6121 Achats de matières premières : Pour
les unités industrielles.
- 6131 Locations et charges locatives : Le
loyer des dépôts ou bureaux.
- 6141 Études, recherches et documentation.
- 6171 Rémunérations du personnel : Les
salaires des ouvriers et administratifs.
Le cas des dotations d'exploitation
Les 6191 Dotations d'exploitation aux
amortissements sont généralement incorporables car elles représentent l'usure
des machines participant à la production. Toutefois, elles peuvent être
ajustées en analytique si l'on considère une durée de vie différente de celle
admise par le fisc (on parle alors de dotations de remplacement).
Les charges non incorporables : Ce qu'il faut exclure
Les charges non incorporables sont des
charges de la comptabilité générale que la comptabilité analytique décide
d'ignorer pour ne pas fausser le coût de revient.
Pourquoi les exclure ?
On les exclut car elles présentent un
caractère exceptionnel, anormal, ou sans lien direct avec l'objet du coût. Leur
inclusion rendrait la comparaison des coûts d'un mois à l'autre impossible.
Liste des charges non incorporables selon le PCGM
Selon les usages du Plan Comptable Général
Marocain, on écarte principalement :
- Les charges non courantes (Classe 65) :
Pénalités d'amendes (6581), dons, ou valeurs nettes d'amortissements des
immobilisations cédées.
- Les impôts sur les résultats (6701) :
L'Impôt sur les Sociétés (IS) est une charge globale qui dépend du
bénéfice final, il ne rentre pas dans le coût de production d'un produit
spécifique.
- Certaines dotations aux amortissements :
Notamment les dotations aux amortissements des immobilisations en
non-valeur (211 Frais préliminaires), car elles n'ont pas de valeur
d'échange réelle.
- Les provisions : À moins qu'elles ne
soient liées de manière très précise à l'exploitation courante, elles sont
souvent écartées par prudence analytique.
Les charges supplétives : La valeur ajoutée de l'analyse
C'est la grande nouveauté du S3.
Contrairement à la comptabilité générale qui ne jure que par les factures, la
comptabilité analytique "invente" des charges pour être
économiquement juste.
La rémunération théorique des capitaux propres
L'argent investi par les actionnaires dans
une entreprise marocaine n'est pas "gratuit". Si cet argent avait été
placé en banque, il aurait rapporté des intérêts. En analytique, on calcule un
intérêt fictif sur le capital pour voir si l'activité est plus rentable qu'un
simple placement.
La rémunération du travail de l'exploitant
Dans les entreprises individuelles où le
propriétaire ne perçoit pas de salaire (compte 6171 absent), le coût des
produits semble artificiellement bas. La comptabilité de gestion ajoute un
salaire fictif correspondant au prix du marché pour refléter le vrai coût de
l'effort humain.
Impact sur le résultat en Dirhams (DH)
Ces charges augmentent le Coût de revient
mais n'ont aucune existence monétaire (aucun Dirham ne quitte la caisse). Elles
servent uniquement à l'analyse de la rentabilité réelle.
La formule magique : Les charges de la comptabilité analytique
Pour réussir vos exercices de S3, vous devez
mémoriser cette relation fondamentale :
Charges de la Comptabilité Analytique =
Charges de la Comptabilité Générale (Classe 6) - Charges Non Incorporables +
Charges Supplétives
Exemple de calcul rapide
Une entreprise marocaine présente les données
suivantes pour le mois de Mars :
- Total classe 6 : 500 000 DH
- Dont amendes fiscales : 5 000 DH
- Dont IS : 20 000 DH
- Capital social : 1 000 000 DH (rémunéré à
6% l'an en analytique)
- Calcul des non incorporables : 5 000
(amendes) + 20 000 (IS) = 25 000 DH.
- Calcul des supplétives : (1 000 000 * 6%)
/ 12 mois = 5 000 DH.
- Charges analytiques : 500 000 - 25 000 + 5
000 = 480 000 DH.
Les charges directes et indirectes
Une fois que vous avez identifié vos charges
incorporables, vous devez les classer selon leur mode d'affectation.
Les charges directes
Elles concernent un seul coût de manière
évidente. On les affecte sans calcul intermédiaire.
- Exemple : Le bois utilisé pour fabriquer
une table (6121).
Les charges indirectes
Elles concernent plusieurs coûts ou plusieurs
centres d'activité. Elles nécessitent un traitement préalable dans un tableau
de répartition (loyer, électricité, administration).
- Exemple : L'assurance de l'usine (6134)
qui couvre la production de plusieurs types de meubles.
Le Tableau de Concordance des Résultats
À la fin de l'étude, il est indispensable de
vérifier la cohérence entre le résultat de S2 (Général) et celui de S3
(Analytique).
Réconcilier les deux mondes
Le résultat analytique ne sera jamais égal au
résultat comptable à cause des retraitements effectués. Pour passer de l'un à
l'autre, on utilise le tableau de concordance :
- Résultat Analytique Global
- (+) Charges supplétives (car elles ont été
déduites en analytique mais pas en général)
- (-) Charges non incorporables (car elles
existent en général mais pas en analytique)
- = Résultat Comptable
(Note : On y ajoute également les différences
d'inventaire et les reliquats d'incorporation si nécessaire).
L'importance du PCGM dans le choix des charges
Le Plan Comptable Général Marocain offre une
certaine souplesse, mais il impose une logique. Les entreprises doivent définir
une politique d'incorporation stable pour que les coûts soient comparables
d'une année sur l'autre.
La nomenclature marocaine
L'utilisation correcte des comptes comme le 6114
Variation des stocks de marchandises ou le 6124 Variation des stocks de
matières et fournitures est cruciale. En analytique, ces comptes disparaissent
souvent au profit de l'inventaire permanent, ce qui constitue une différence
majeure de traitement des charges incorporables.
Erreurs à éviter en examen de S3
- Oublier de proratiser les charges
supplétives : Si l'exercice est mensuel, divisez la rémunération annuelle
du capital par 12 !
- Inclure l'IS : L'impôt sur les sociétés
est TOUJOURS non incorporable.
- Confondre charges et immobilisations : Un
achat de machine (Classe 2) n'est pas une charge incorporable, seule sa
dotation aux amortissements (6191) l'est.
- Ignorer les charges non courantes : Même
si elles sont faibles, elles doivent être systématiquement écartées du
calcul des coûts.
Les outils numériques pour le retraitement
Dans les entreprises modernes au Maroc, les
logiciels de comptabilité (ERP) permettent de marquer chaque compte de la
classe 6 comme "Incorporable" ou "Non Incorporable" lors du
paramétrage. Ainsi, le passage de la comptabilité générale à l'analytique se
fait automatiquement, garantissant un suivi en temps réel des marges en Dirhams
(DH).
Conclusion : Le retraitement, gage de précision
En conclusion, la distinction entre les
charges incorporables et non incorporables est bien plus qu'une simple
gymnastique comptable. C'est l'acte fondateur d'une gestion saine. En isolant
les charges qui concernent réellement l'exploitation, le gestionnaire marocain
peut fixer des prix de vente justes, identifier les gaspillages et protéger la
rentabilité de son entreprise.
Maîtriser ces concepts au semestre S3, c'est
acquérir la capacité de transformer des données comptables brutes en
informations stratégiques puissantes. Que vous calculiez le coût de revient
d'une prestation de service ou d'un produit industriel, n'oubliez jamais que la
pertinence de votre analyse dépend de la qualité de votre filtrage initial.
Sur Amine Li Taalim, nous vous accompagnons
pour transformer ces règles théoriques en succès pratiques. La comptabilité
analytique n'aura bientôt plus de secrets pour vous !
